

Médecin-chirurgien, pilote et visionnaire de l’aviation sanitaire, Jules Crochet a consacré sa vie à mettre sa passion de l’aéronautique au service de la médecine. De son enfance aux premières évacuations sanitaires, retour sur le parcours d’un homme marquant, surnommé le « Toubib Volant Rémois ».
Une jeunesse marquée par la guerre et la passion du vol
Élevé par ses grands-parents après le décès prématuré de son père et le départ de sa mère, Jules Crochet grandit dans une ferme. Dès son plus jeune âge, il se prend d’affect pour l’aviation. Envoyé à Reims pour y suivre ses études, il est confronté aux horreurs de la Première Guerre mondiale, voyant la cathédrale de Reims brûler et les blessés affluer par centaines. En observant un oiseau, il imagine alors qu’un avion pourrait servir à éteindre les flammes. Cette intuition pionnière le pousse à partir poursuivre son cursus médical à Paris.
Du Tour de France Dunlop au raid médical autour de la Méditerranée
À Paris, il devient chirurgien sous la tutelle de son mentor, le Professeur Victor Pauchet. En parallèle, il pratique le pilotage et réussit à terminer le Tour de France Dunlop à l’avant-dernière place. Victor Pauchet lui confie rapidement une mission de grande envergure visant à accomplir le tour des pays méditerranéens dans un but médical afin d’améliorer la santé mondiale. Pour mener à bien ce projet, Jules Crochet retravaille son avion, un Potez 36 baptisé Néo, en y intégrant une véritable radio pour communiquer directement avec la Tour Eiffel. Après son départ de France, il traverse l’Espagne en survolant la chaîne ibérique puis en faisant escale à Madrid et Séville, ce qui lui permet de noter d’importantes différences sanitaires et médicales entre la France et l’Espagne. Il met ensuite le cap sur l’Afrique et le Moyen-Orient, poursuivant son périple au Maroc, en Tunisie, en Libye, en Égypte, en Israël et au Liban, ou ses émissions radio sont écoutées par un grand nombre, ce qui lui vaut son surnom de toubib volant et forge sa réputation.
Des innovations majeures : le premier avion sanitaire civil et le caisson à dépression
De retour de mission, Jules Crochet conçoit avec Renault le Caudron C510, considéré comme le premier avion sanitaire civil. Cet appareil subit d’importantes modifications, notamment au niveau du fuselage et de l’empennage, afin de pouvoir accueillir un brancard à proximité du pilote ainsi qu’un siège pour une infirmière. Dans le cadre du Centre Aéronautique Médical, il imagine également un caisson à dépression et débute les travaux de développement en collaboration avec P. Michalon.
L’implantation à Reims : un aérodrome et une école d’infirmières de l’air
Afin de se consacrer pleinement à ses projets à Reims, Jules Crochet quitte sa carrière de chirurgien à Paris et déménage à proximité de son propre terrain. En 1934, il concrétise son ambition en construisant un aérodrome à Gueux pour disposer d’un site entièrement dédié au développement de l’aviation médicale. La même année, il y fonde une école d’infirmières de l’air réservée aux soignantes déjà diplômées, leur dispensant une formation aux premiers secours à bord ainsi qu’au pilotage afin de constituer des équipes parfaitement entraînées. Les affaires deviennent rapidement florissantes et le concept de ses écoles s’exporte même dans d’autres pays. Pour l’ensemble de ses innovations et de son engagement, la Légion d’honneur lui est décernée par Henri Sellier.
Vie privée et engagements durant la Seconde Guerre mondiale
Sur le plan personnel, Jules Crochet rencontre Geneviève Seurat avec qui il vit un véritable coup de foudre suivi d’un mariage. Ensemble, ils accueillent sept enfants : Denise en 1936, Francine en 1937, Noëlle en 1938, Claude en 1940, Maurice en 1941, Claire en 1947 et André en 1949. Cette période est également marquée par le décès de son mentor Victor Pauchet. Durant la Seconde Guerre mondiale, Jules Crochet s’engage comme médecin de guerre au sein de l’hôpital Maison-Blanche de Reims.
Dernières années et hommage de la ville de Reims
Après un séjour en Indochine, il revient en France au cours de l’hiver 1954, avant de repartir en Indochine jusqu’en 1956. Divorcé de Geneviève, le toubib volant s’éteint le 29 novembre 1974. En 1997, la Ville de Reims et son maire lui rendent un hommage permanent en baptisant un rond-point à son nom.
Aujourd’hui, c’est l’un de ses petits-fils, David Crochet, qui est directeur général de notre école Mermoz Academy. Une passion transmise à travers les générations !
